A P'ART ETRE
Compagnie Artistique

YOURCENAR, juste avant l'aube

Marguerite Yourcenar, un mythe, une légende, un édifice immémorial dont on aperçoit les murs sans toujours deviner les ornements : portes, fenêtres, galeries, piliers, passages secrets… Tout en elle mérite une sollicitude particulière, un regard affûté, une écoute attentive. On connaît son nom, son œuvre, son parcours. Mais que sait-on d’elle ?
C’est là l’envie de la compagnie : révéler, raconter son histoire, entrer dans les interstices de cette vie hors norme qu’elle croyait peut-être elle-même connaître au détour de son intronisation à l’Académie française, de son œuvre magistrale Les Mémoires d’Hadrien et de ses innombrables voyages autour du monde.
Mais tout cela n’est que la partie émergée de l’iceberg.
Marguerite Yourcenar n’est pas seulement cette immense écrivaine, couronnée de prix, devenue la première femme à entrer à l’Académie française. Elle est aussi une femme profondément libre, inclassable, portée par une curiosité sans frontières et une intelligence stellaire.
Une intelligence qui semble embrasser l’humanité dans sa singularité, ses grandeurs comme ses contradictions, ses profondeurs et ses questionnements éternels. Une pensée qui ne cesse de chercher, de traverser les époques, les cultures, les frontières, pour interroger ce qui nous relie et ce qui nous distingue.
Et derrière cette intelligence vertigineuse, il y a une femme. Une femme de chair, de désir, de solitude parfois, de convictions, de contradictions aussi, dont la vie fut traversée par un même besoin : demeurer libre.
Pour tenter de la rencontrer, j’ai lu. Beaucoup. Je suis tombée sur la pièce de Pierrette Dupoyet, Yourcenar, juste avant l’aube.
J’ai immédiatement été touchée par la force de ce texte et par la manière dont il fait surgir la femme derrière la figure littéraire. Le choix de cette pièce s’est imposé naturellement : un seul en scène exigeant, porté par une écriture précise et sensible, nourrie par le travail de recherche historique, psychologique et littéraire de son auteure.
J’y ai trouvé une matière théâtrale suffisamment riche pour accueillir ma propre rencontre avec Marguerite Yourcenar.
La découverte de ce texte a fait naître une autre évidence : confier la mise en scène à une très jeune artiste femme.
Il me semblait essentiel que le regard d'aujourd'hui rencontre celui de Marguerite Yourcenar, que son époque et la nôtre puissent se répondre, se confronter, se faire écho.
Yourcenar fut une femme visionnaire. Elle a traversé les frontières de son temps, bousculé les conventions, questionné les certitudes et revendiqué une liberté qui résonne encore avec une étonnante modernité.
Alors, plutôt que de chercher à reconstituer son époque, j'ai voulu qu'un regard contemporain puisse entrer en dialogue avec elle. Qu'une jeune artiste puisse recevoir cette parole, la questionner à son tour, la déplacer peut-être, et nous la restituer avec sa propre sensibilité.
Livia Saliceti, par son âge, son regard et sa sensibilité, apporte à cette rencontre une autre temporalité. Elle fait dialoguer le passé et le présent, l'expérience et la jeunesse, la mémoire et ce qui est encore à inventer.
Ainsi, trois regards se rencontrent : celui de Marguerite Yourcenar, celui de Pierrette Dupoyet qui a écrit et documenté cette vie, et ceux, aujourd'hui, d'une comédienne et d'une jeune metteure en scène.
Un dialogue à travers le temps, pour faire entendre une parole qui, peut-être, n'a jamais cessé d'être en avance sur le sien.
Mais au fil de ce travail, je n’ai pas cherché à reproduire Marguerite Yourcenar.
J’ai cherché à la rencontrer.
À deviner ce qui se cachait derrière le monument, derrière la légende, derrière l’écrivaine immense : une femme avec ses forces, ses paradoxes, ses blessures, ses élans, ses désirs, ses silences et sa soif de liberté.
Et c’est cette Marguerite-là que j’ai envie de transmettre.
Non pas une vérité définitive — car qui pourrait prétendre enfermer une telle femme dans une vérité ? — mais une perception, une rencontre, une traversée.
Une invitation à pousser quelques portes de cet édifice, à franchir ses galeries, à écouter ce qui résonne derrière les murs.
Et peut-être, au détour d’une phrase, d’un silence ou d’un regard, à découvrir une femme qui nous parle encore.
Une femme qui nous invite, aujourd’hui comme hier, à nous affranchir des frontières et à ouvrir notre propre espace de liberté.
Bénédicte Boileau
DISTRIBUTION
Mise en scène: Livia Saliceti
Création sonore: Bénédicte Boileau
Création scénographique: Livia Saliceti
Voix-off: Fabrice Van Reymenant, Yoline Ercan , Philippe Jacquin, Léo Jamadi
Avec: Bénédicte Boileau












